
Shanghai ne parle pas (que) mandarin
Le wu, langue de 80 millions de locuteurs, survit entre les tours — enquête sur un géant discret.
Dans l'ombre des tours de Pudong vit un géant discret : le 吴语 (wúyǔ), la famille de langues wu, parlée par environ 80 millions de personnes entre Shanghai, le Zhejiang et le sud du Jiangsu. Plus de locuteurs que l'italien — et pourtant, vous n'en avez peut-être jamais entendu parler.
Ce qui fait le wu
Le shanghaïen (上海话, shànghǎihuà), son représentant le plus connu, ne ressemble pas au mandarin : il conserve les consonnes initiales sonores du chinois ancien (b, d, g « douces » que le mandarin a perdues) et son système tonal fonctionne par contours de phrase plus que par tons de syllabe — les linguistes le rapprochent d'un accent de hauteur, comme en japonais. À l'oreille : plus lié, plus murmuré, très reconnaissable.
Grandeur et silence
Dans le Shanghai des concessions, le shanghaïen était la langue du commerce, du théâtre, de la chanson. Puis la promotion du mandarin, l'école, la télévision et l'immense immigration intérieure l'ont repoussé dans la sphère privée : beaucoup d'enfants shanghaïens d'aujourd'hui le comprennent sans le parler. L'UNESCO classe le wu comme vulnérable — un sort partagé par la plupart des langues régionales chinoises.
Une mégapole de 25 millions d'habitants peut faire disparaître une langue sans fermer une seule école : il suffit qu'elle cesse d'être utile.
Le retour de balancier
Depuis les années 2010, des annonces en shanghaïen reviennent dans le métro, des crèches proposent des ateliers, des rappeurs et des séries l'utilisent comme marqueur d'identité. Trop peu, trop tard ? L'avenir le dira. Pour l'apprenant de mandarin, le wu est surtout une leçon : la « langue chinoise » est un continent, et le mandarin en est la langue véhiculaire — pas l'unique habitant.
Les caractères à retenir
- 吴语 — wúyǔ — la famille de langues wu
- 上海话 — shànghǎihuà — le shanghaïen
- 会 — huì — savoir faire : 会说 huì shuō, savoir parler (HSK 1)
- 听 — tīng — écouter (HSK 1)